jeudi 11 mai 2017

Le rétrogaming

Définition et origine

Le retrogaming englobe la pratique des anciens jeux vidéo mais aussi la collection et l'entretien d'ordinateurs personnels, de consoles de jeux vidéo, de bornes d'arcade et de jeux vidéo – le patrimoine vidéoludique – et est souvent lié à l'art et la culture ayant trait à l'avènement du jeu vidéo et de la micro-informatique familiales dans les années 1980.

Historique


Bien qu'il soit impossible de dater avec précision les débuts du retrogaming, on peut considérer que celui-ci est né avec les premières rééditions des classiques du jeu vidéo ainsi que le déclin des consoles 8 bits et l'avènement des consoles 16 bits, à la fin des années 1980 et au début des années 1990.

En 1987 sort Pac-Mania, réédition en 3D isométrique du célèbre jeu vidéo Pac-Man. Le jeu est très semblable à son ainé de huit ans mais le joueur peut désormais se sortir de situations périlleuses en sautant par-dessus les ennemis comme dans un jeu de plates-formes.
 
 

En 1990, c'est au tour du mythique Space Invaders de 1978 de connaître une cure de jouvence avec Super Space Invaders '91. D'abord sorti dans les salles d'arcade, le jeu est adapté sur console.

En 1994, Space Invaders DX remet une fois de plus l'ancêtre Space Invaders au goût du jour. Sorti sur borne d'arcade, il a été adapté l'année suivante sur PC-Engine et Super Nintendo sous le titre de Space Invaders: The Original Game.
 
 
 
 

En 1995, le succès de la PlayStation de Sony et des autres consoles de jeux vidéo de cinquième génération marque la transition vers des jeux entièrement en 3D. Alors qu'à de rare exceptions près, les jeux vidéo demeuraient en 2D à défilement (ou scrolling) horizontal, vertical ou multidirectionnel, la puissance des processeurs 32 ou 64 bits permet de créer des décors de jeux en 3D temps réel texturés. La popularité croissante des jeux en 3D et le délaissement des jeux 2D est diversement salué par la presse.

Les jeux en 3D subjective marquent une transition du retrogaming vers le modern gaming.
Le milieu des années 1990 marque bel et bien la scission entre les jeux des machines 8 et 16 bits définitivement rétro, de par leur aspect 2D pixelisé, leur intérêt reposant avant tout sur la jouabilité et la durée de vie, et les jeux modernes généralement en 3D, entrecoupés de scènes cinématiques ou de films interactifs grâce au support CD-ROM ou DVD-ROM qui permet un stockage sur plusieurs centaines de mégaoctets contre quelques-uns tout au plus pour le support cartouche.

En 1997, la disponibilité d'émulateurs pleinement fonctionnels de consoles, de bornes d'arcade ainsi que de micro-ordinateurs permet à de nombreux joueurs nostalgiques de retrouver avec plaisir les jeux de machines remisées un peu trop vite dans les greniers.

En 2004, Gradius V sort sur PlayStation 2, ce shoot them up à défilement horizontal allie une réalisation moderne à une jouabilité old school.
 
 

En 2006, la plate-forme de téléchargement Console virtuelle de Nintendo sur Wii permet aux nostalgiques de retrouver les titres de leur enfance et aux plus jeunes joueurs de s'essayer aux jeux d'antan.

En 2007, Geometry Wars : Galaxies sort sur les consoles Wii et Nintendo DS. Ce jeu est un shoot them up multidirectionnel de type manic shooter au style graphique et sonore volontairement épuré (formes géométriques, peu de couleurs, bruitages et musiques simplistes) mais au gameplay addictif. Il renoue avec la tradition du hi-score en tant que finalité du jeu.
 
 

La même année, Mega Man 9 est disponible sur le service de téléchargement numérique de la Wii (WiiWare), le PlayStation Store et le Xbox Live Arcade. Ce neuvième volet de la série Mega Man revient au style 8-bit des premiers épisodes sortis sur NES. Keiji Inafune, producteur et game designer de Mega Man depuis l'origine, a lui-même signé les designs de plusieurs boss, il justifie le choix des limitations graphiques et sonores au standard 8-bit par le désir de revenir aux fondamentaux de la série classique et de suivre la mode du retrogaming.
 
 

Le phénomène du retrogaming semble encore très loin de s'essouffler au vu de l'importance prise par la collection de jeux vidéo anciens, la commercialisation en ligne ou traditionnelle de musts du jeu vidéo des années 1970 aux années 1990 (par adaptation ou par émulation), de remakes de ces derniers ou encore de jeux au gameplay retro.

Causes

Le succès du retrogaming s'explique en partie par la jouabilité simple mais efficace des jeux de consoles 8 et 16-bit.
Le retrogaming peut s'expliquer par plusieurs facteurs. D'une part la nostalgie, qui joue un rôle important, mais il serait erroné de s'arrêter à cette seule causalité : beaucoup de joueurs considèrent que le passage à la 3D a appauvri les jeux en termes de gameplay. L'essentiel de l'attrait des oldies vient de la primauté de la jouabilité sur l'aspect esthétique :
 
     - Absence de problèmes liés à la gestion des angles de vue (« caméras »).
 - Concepts plus audacieux du fait d'équipes de développeurs plus réduites, moins coûteuses10.
 - Difficulté souvent élevée donc à même de satisfaire les joueurs les plus aguerris.
 - Gameplay 2D globalement plus intuitif.
 - Liberté d'action par rapport à de nombreux titres 3D obligeant le joueur à faire des allers-retours.
 - Possibilité de réaliser des hi-scores dans la plupart des jeux.
 - Simplicité des commandes.
 - Variété des jeux.
 
L'aspect graphique et sonore des jeux modernes n'est pas exempt de critiques et les jeux rétros présentent souvent certains avantages :
 
 - Certains joueurs n'arrivent tout simplement pas à supporter des environnements 3D complexes (style FPS, plate-forme...) et peuvent être pris de maux de tête ou même de vomissement.
 - 2D fluide et au sommet de son art à l'époque où les jeux 3D ont encore un aspect polygonal.
 - Style graphique plus personnel et original.
 - Variété des représentations graphiques, en comparaison avec les jeux modernes dont la majorité des titres sont en 3D texturée et vue subjective, à tel point que les jeux 2D sont désormais systématiquement assimilés au style rétro.
 
Enfin, le marché actuel des jeux vidéo est mis en cause à la faveur de celui plus restreint des années 1980 et 1990 :
 
 - Prises de risques plus importantes, du fait d'un marché brassant moins d'argent, moins axé sur le très grand public et concernant une gamme de machines (tant du côté des consoles que des ordinateurs) plus étendue.
 - Profusion de beat them all à scrolling horizontal, de shoot them up, de jeux de plateau ou de réflexion, actuellement délaissés par le marché des jeux vidéo et par conséquent réduits à une portion congrue.
 
Un aspect non négligeable du retrogaming concerne la collection de consoles, de bornes d'arcade et de jeux vidéo anciens. En effet, de nombreux adeptes de jeux rétro fréquentent assidûment les brocantes, vide-greniers, marchés aux puces, boutiques de troc et sites de ventes aux enchères de particulier à particulier, afin de retrouver les machines ou les jeux manquants à leur collection, et avec eux les graphismes et la maniabilité originales que ne peut apporter parfaitement l'émulation sur des ordinateurs ou des consoles modernes.
 
Le retrogaming est un phénomène sociologique multiforme, constituant à la fois une approche particulière des jeux vidéo, de l'art et de la culture vidéoludique, lié à l'archivage et à la collection. Sa frontière avec le modern gaming est parfois ténue dans la mesure où une part importante de jeux modernes a une représentation graphique et une jouabilité 2D rétro, old school.

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